A MEDITER

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LA SAGESSE D'ABANDONNER

C’est souvent lorsqu’on qu’on renonce à notre idéal que celui-ci nous est offert sur un plateau d’argent, au moment où on ne s’y attend pas...

Un de mes bons amis est toujours en retard. Il nous faut tous un tel ami, n’est-ce pas? Probablement est-ce une sorte de loi cosmique, un rite initiatique, une clause écrite en petits caractères en bas du contrat que l’on signe avant notre premier souffle de vie. Vous pouvez imaginer à quel point j’aimerais dévoiler publiquement le nom de Monsieur, mais il s’avère qu’il a aussi de magnifiques qualités dont je ne voudrais me passer, alors je me contenterai ici de l‘appeler A.T.E.R. (Ami Toujours En Retard).

Quand je dis qu’A.T.E.R. est toujours en retard, c’est bien toujours en retard. OK, exception faite des occasions où je vais à son domicile — quoique je me souvienne d’être déjà arrivée à son appart quelques minutes avant lui! Pour moi, qui suis très ponctuelle et sensible à tout ce qui peut être vaguement interprété comme un manque de respect, c’est tout un défi. J’arrive 15 minutes à l’avance à nos rendez-vous, il arrive 15 minutes en retard, et je suis systématiquement frustrée dès que je vois sa Toyota se pointer. Comme il a pu me mettre en colère, ce Christophe — oups, je veux dire, cet A.T.E.R.! Zut, je savais bien que ça allait m’échapper…

Mais est-ce vraiment lui qui me fait réagir ainsi? Est-ce vraiment lui qui me met en colère?

Récemment, j’attendais Christophe dans un stationnement. Il était 16 h 10, soit 10 minutes après l’heure de notre rendez-vous. C’était son millième retard en peu de temps. Pendant que je fredonnais, un mince filet de fumée noire commençait à me sortir par les trous du nez… Puis, tout à coup, un drôle de phénomène s’est produit: une partie de moi s’est élevée au-dessus de la situation… j’étais détachée et je m’observais d’un œil intéressé.

«Il y a quelque chose de pas très logique dans ma réaction, me suis-je dit. Si Christophe est toujours en retard et que je continue à m’attendre à ce qu’il soit à l’heure, JE suis la source de ma frustration. Ce sont mes attentes — et non pas mon ami — qui causent ma colère. Je vis dans un monde fantaisiste dans lequel tout le monde arrive cinq minutes à l’avance… Mais ce monde n’existe pas. Et c’est moi qui en paie le prix lorsque je ne l’accepte pas.»

Sur le coup, ce qui m’avait toujours semblé normal m’est apparu complètement fou... C’était de la folie, réellement, d’attendre une telle chose de mon ami.

Deux choix…
On a l’impression que ce sont les gens qui nous font du bien ou du mal, on croit que ce sont les événements qui nous procurent de la joie ou qui nous minent… Or, si on prend la peine de vraiment y penser, la seule chose qui puisse jamais nous affecter — positivement ou négativement — est le flux de nos propres pensées. Dans l’absolu, les retards de Christophe ne sont rien. Qui dit qu’il s’agit d’un manque de respect? Il a peut-être simplement un esprit qui fonctionne d’une façon différente du mien... En fait, je dirais qu’il vit le moment présent intensément, encore plus que moi, et je crois que c’est probablement pourquoi il perd la notion du temps. Et je pourrais ajouter qu’il se permet d’être en retard à nos rendez-vous justement parce qu’il se sent en confiance avec moi. Quoi qu’il en soit: ce ne sont certainement pas ses retards qui m’exaspèrent, mais les histoires que je me raconte à partir de ceux-ci. Et dans cette situation, comme dans les autres, j’ai le choix: je peux m’accrocher à mes histoires et rester coincée, ou alors je peux baisser les bras et me libérer.

Ce qui m’amène à vous demander: dans quelles situations gagneriez-vous présentement à «baisser les bras», si je peux dire — à suivre le courant? Comprenez bien qu’il ne s’agit pas de tolérer des situations intolérables sans intervenir, et d’être mou comme un vieux hot chicken détrempé (entre vous et moi, je n’ai jamais compris le succès de ce plat). On parle ici de notre dialogue intérieur et de nos émotions; pas de nos actions. Rien ne m’empêche de parler gentiment à mon ami si ses retards m’incommodent… Mais rien ne justifie que je me torture en attendant de modifier la situation.

Baisser les bras n’est pas un signe de faiblesse, mais de force et de sagesse. C’est une belle et douce chose, en réalité. On coule comme la rivière, on contourne les irritants avec fluidité. Et lorsque nos amis arrivent en retard, on sort notre crayon et on écrit un article plutôt que de s’impatienter…

Bonne journée! ;-)

A MEDITER

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