LES CONFLITS DANS LE COUPLE

Publié le par Josie

Merci pour vos retours chaleureux, parfois émouvants, vos partages et témoignages. Je reçois des cadeaux merveilleux en vous lisant et en vous écoutant.

Suite à des demandes, j’ai répondu que je ferai paraître à nouveau le sujet « les conflits dans le couple ». Vous m’avez confirmé que vous aviez hâte d’en savoir plus. Vous serez sans doute comblés en apprenant que le sujet couvrira plusieurs écrits, selon vos demandes… C’est vrai qu’il y a beaucoup à dire, c’est pourquoi cet envoi est un peu plus long qu’à l’habitude.

Lorsque j’étais consultante en relation d’aide j’ai reçu beaucoup de personnes qui vivaient des situations perturbatrices avec leur conjoint(e). J’ai moi-même expérimenté des désaccords au sein du couple, il y a un peu plus d'une trentaine d’années. Tout cela a été l’objet d’une profonde réflexion.

Pour entrer dans le vif du sujet,  ce texte avait été écrit pour « la bonne idée de la semaine » il y a quelques années. Il trouve sa place en réponse aux sollicitations qui me sont faites et je fais le souhait qu’il soit un support qui facilitera la compréhension des situations vécues par les uns et les autres.

Nous pouvons dire qu’on se marie, ou l’on se met en couple, et le cœur est en fête. On invite les amis à venir célébrer cet évènement. Mais le mariage n’est pas une destination qui garantit le succès du couple c’est plutôt le début du voyage. Et si les choses tournent mal  renonçons à la tentation de croire que l’on a simplement été abusé par son partenaire, et à nous mettre alors dans la position de celui qui va charger de reproches celui-ci.

On peut s’être marié avec un « fantôme » et vivre avec quelqu’un d’autre. Le plus souvent, s’il y a problème pour se comprendre dans le couple, peut-être est-ce parce que nous ne sommes pas en contact avec l’autre, mais seulement avec l’image que nous avons de lui et que cette image fait écran.

Il existe des couples ayant acquis une certaine maturité, mais d’autres qui manifestent une grande immaturité. On peut essayer de  décrire ces deux états de la façon suivante :

Les couples immatures :

Ce qui frappe au premier abord c’est qu’ils paraissent bien plus soucieux de maintenir la relation et surtout l’image qu’elle peut présenter socialement, que de travailler à améliorer la qualité de la relation.
Chacun s’accroche à une image idéale et stéréotypée du couple.
Chacun reproche continuellement à l’autre de n’être pas conforme à l’idéal qu’il se fait du couple.
Chacun vit  dans la crainte excessive de perdre l’autre.
Chacun essaie de « bouffer » l’autre et d’en tirer le maximum.
Les enfants peuvent servir de prétexte pour mettre une distance entre soi et l’autre.
L’autre est là surtout pour combler un manque et pour masquer une grande crainte de la solitude.

Les couples sains :

Dans un couple sain il est possible d’arriver à surmonter les blessures, les malentendus et les déceptions sans perdre la volonté de continuer ensemble.
On ne tient pas la relation pour acquise et l’on s’efforce de la rendre toujours vivante.
On peut dire qu’il y a couple lorsque le bien de l’autre importe autant que le sien.
Dans un tel couple nous pouvons demander beaucoup à notre partenaire mais nous n’exigeons rien.
Nous pouvons lui donner beaucoup sans considérer que cela nous met en droit de recevoir.
Nous faisons des projets ensemble.
Nous savons aussi vivre des moments plus ou moins longs l’un sans l’autre.

 

Il convient de distinguer l’amour de l’état amoureux. L’état amoureux  ne dure que quelques années. Il est généré par une hormone, la dopamine, que l’on produit pendant cette période. La passion ne fait donc pas figure de garantie pour pouvoir vivre ensemble, car elle aura obligatoirement une fin.

En revanche, l’amour suffit puisque aimer, c’est accepter l’autre tel qu’il est, avec ses défauts et ses qualités. Je ne dis pas que c’est toujours facile…

En règle générale, une histoire d’amour se passe à peu près de cette façon :

Il y a l’étape de la rencontre, de l’idéalisation.
On rencontre le Prince Charmant ou la Princesse de nos rêves et l’on  a alors tendance  à porter les œillères des amoureux et à ne voir vraiment que les qualités de la personne élue. On projette sur l’autre l’idéal recherché, et l’on croit qu’avec lui (elle) tous les problèmes vont disparaître.
Les premiers temps de la rencontre sont généralement très érotisés. Les amants vivent des moments d’intensité amoureuse et d’exaltation qui leur permettent de tout accepter de l’autre. Toutes les différences sont niées ou sous-estimées. N’est-ce pas ?

L’étape de la désillusion vient quelques mois ou quelques années plus tard pour les plus solides. Le Prince est un peu moins charmant, même chose pour la Princesse.
Tout était rose, tout était beau. Et voilà que le réel s’impose, le choc de la prise de conscience et la désillusion apparaissent.
A cette étape, le reproche formulé de façon quasi systématique est : « Tu as changé ».
Non, le partenaire n’a pas changé, c’est seulement qu’on n’avait pas su le voir. Avec la désillusion, nous avons besoin de faire le deuil d’une image, d’un rêve et du partenaire idéal. Rendons-nous à l’évidence : l’autre n’est pas parfait, tout comme nous ne le sommes pas nous-même.

Le ou la partenaire n’est pas là pour combler toutes nos attentes.

Le mariage et le couple ne sont pas le médicament miracle qui viendra guérir toutes les blessures affectives du passé. Notre partenaire n’est pas là pour nous assurer du bonheur. Il n’est pas là pour subir tout le poids de nos critiques lorsque nous nous rendons compte qu’il n’est pas le Superman ou la Superwoman que nous cherchions, celui ou celle dont le comportement va nous séduire ou nous ravir sans interruption. Et nous n’avons pas à considérer que l’autre est là pour nous donner à tout moment toute l’attention dont nous avons besoin de manière exclusive.

Ce n’est pas à notre partenaire de venir combler, par ses attentions incessantes, une trop mauvaise estime de nous ou un trop grand sentiment d’échec.

Lors de cette étape cruciale qu’est la désillusion, le risque est grand de méconnaître l’importance de nos blessures affectives antérieures et, en conséquence, de projeter sur le ou la partenaire une image par trop défavorable.
La tentation est alors de passer par la facilité, de repartir et de recommencer l’aventure ailleurs. Si bon nombre d’hommes et de femmes se séparent c’est qu’ils n’arrivent pas à surmonter cette étape de la désillusion. Il est vrai que cela demande une bonne dose de travail sur soi.

L’étape suivante est celle du choix.
La relation amoureuse s’installe si les conjoints décident tous les deux de confronter leurs différences, et de poursuivre ensemble le chemin plutôt que de fuir chacun de leur côté. L’amour de couple est affaire de décision et de volonté. Ce faisant, on se situe au-delà des humeurs et des émotions, instables par nature. On peut alors dire : « Aujourd’hui j’ai perdu mes illusions, mais je choisis de continuer avec toi pour essayer de construire dans la réalité ». La capacité du couple à durer est fonction de sa capacité à reconstruire régulièrement du neuf.

 

Sans doute est-il facile de tomber amoureux, mais vivre l’amour dans une relation durable est plus difficile. Cela suppose que l’on a développé une aptitude suffisante à accepter le partenaire tel qu’il est vraiment. On fréquente alors un autre monde, le monde de notre partenaire qui n’est jamais tout à fait le nôtre et auquel il faut bien s’adapter. Ses besoins et ses désirs vont parfois se heurter aux nôtres. Finie l’illusion du double ! Nous avons besoin d’ accepter la différence et notre état de séparation fondamentale, puis reconnaître l’autre, c’est-à-dire le respecter, et renoncer à la symbiose.

Notre partenaire ne pourra jamais se conformer à toutes nos exigences, ni répondre à tous nos fantasmes… Cependant si nous choisissons de vivre ensemble, chacun d’entre nous devra abandonner une part de son autonomie, une part de son indépendance pour créer un espace commun au couple. Sans oublier que chacun aura aussi besoin de conserver son espace vital personnel… Tous les couples ne sont-ils pas confrontés à ce que le philosophe Schopenhauer appelait le dilemme des porcs-épics : ils ont à la fois un très grand besoin de se rapprocher mais aussi de s’éloigner pour ne pas se faire de mal par une trop grande proximité.

Schopenhauer écrit : « Un jour d’hiver glacial, les porcs-épics d’un troupeau se serrèrent les uns contre les autres afin de se protéger contre le froid par leur chaleur réciproque. Mais douloureusement gênés par les piquants, ils ne tardèrent pas à s’écarter de nouveau les uns des autres. Obligés de se rapprocher de nouveau, en raison du froid persistant, ils éprouvèrent une fois de plus l’action désagréable des piquants et ces alternatives de rapprochement et d’éloignement durèrent jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une distance convenable où ils se sentirent à l’abri des maux ».

J’aime beaucoup cette citation, elle est très parlante, ne trouvez-vous pas ?

Une  relation amoureuse perturbée ne peut exister sans qu’elle soit nourrie et entretenue d’une quelconque façon. Si l’on a construit notre vie de façon à créer la distance plutôt que l’intimité, la combativité plutôt que la coopération, le blâme et le rejet plutôt que l’acceptation et la responsabilité, nous ne pouvons  pas contenir l’érosion et la souffrance que l’on vit présentement. Les problèmes ne se multiplient pas seuls. Ils sont aidés et entretenus. Nous vivons alors pour souffrir au lieu d’aimer pour vivre.

 Dans le couple nous pouvons distinguer plusieurs types de conflits : Conflits douloureux, violents, conflits sournois, répétitifs, décourageants, conflits destructeurs, mais aussi conflits féconds, libérateurs, conflits maîtrisés, résolus avec soulagement et joie. Joie elle-même mêlée parfois d'une certaine tristesse, car n'est-ce pas souvent par une mort à soi-même ou par la mort d'une illusion chère que le conflit a pu se résoudre ? Cette litanie de conflits pourrait faire croire que la vie conjugale n'est qu'une lutte sans fin, ou plus exactement, dont la fin suppose une certaine « mise à mort » de l'un et/ou l'autre des conjoints ou du lien conjugal: perspective peu réjouissante et contraire aux aspirations des jeunes (et moins jeunes) mariés ! En effet, dans l'élan amoureux, fondateur du couple, l'autre est l'objet parfait qui comble nos désirs fusionnels de communication et de compréhension; la relation amoureuse s'est conçue comme un état idyllique, excluant tout conflit, où chacun s'ingénie à correspondre au désir de l'autre et à gommer les différences, les oppositions génératrices de conflits. Comme l'enfant a besoin de la matrice nourricière de sa mère pour prendre forme, le couple, dans l'expérience fusionnelle, se construit une enveloppe protectrice qui l'engendre. Mais, comme l'enfant doit renoncer à l'état fusionnel pour apprendre à se découvrir différent de l'autre, le couple lui aussi, pour aborder l'épreuve du réel et du temps, est conduit à renoncer en partie à l'illusion fusionnelle créatrice pour affronter sa dualité d'origine, avec les différences, les oppositions qu'elle génère.

Si donc conflits et mouvements agressifs sont inévitables, voire souhaitables, encore faut-il que le couple apprenne à les gérer, à les comprendre, car si des crises conflictuelles « trempent » le métal conjugal et le rendent plus solide, d'autres, vrais séismes, le fissurent et le font voler en éclats.

Le couple hérite de la gestion que l'éducation familiale, sociale, a permis à chaque conjoint d'acquérir, puisque c'est dès la petite enfance que se met en place cette gestion des pulsions agressives. Et justement, une des premières sources de conflits dans un couple peut être la différence dans cette éducation: l'un a appris à se battre sans peur ni reproche, tandis que l'autre est aussi inhibé pour exprimer un reproche qu'il a peur d'en recevoir.

Si dans le couple l’un se laisse emporter,  crie pour dire  ce qui ne va pas puis lorsque c'est fini,  n'y pense plus et  que l’autre  ne répond rien,  garde tout sur l'estomac, le rumine et boude, son silence est  agression.  La communication de ce couple est brisée, chacun s'installe dans sa tranchée, touché par l'attitude de l'autre qu'il interprète comme un manque d'amour, comme un rejet. Ce type de conflit, bien banal, vient de la difficulté que chacun éprouve plus ou moins, pour comprendre le comportement de son partenaire, non en fonction de soi, mais en fonction de la signification que l'autre lui donne. Entrer dans le système de l'autre, et non projeter notre propre système de références, éviterait bien des malentendus, bien des blessures.

Mais, pour en arriver là, il est nécessaire que chacun puisse bien reconnaître en lui-même ses mouvements agressifs et l'objet réel qui les provoque. Or l'analyse de certains conflits montre que ce n'est pas toujours  facile. Tout le monde sait bien que, pour ne pas mêler à notre amour un relent de ressentiment, nous trouvons des boucs émissaires: on imagine que ce sont les copains qui l'entraînent; c'est son métier qui le rend instable; c'est à cause de sa mère, de sa famille, etc ... L'agression est déviée pour épargner l'objet d'amour. A l'inverse parfois, le moindre prétexte va nous servir pour agresser notre conjoint, mais la cause de cette pulsion nous échappe.

Comment comprendre un appel d'amour quand il se manifeste par un comportement agressif ? Comment un conjoint peut-il entendre la souffrance que cette irritabilité signifie, quand celui qui l'exprime ne la comprend pas lui-même ? 

La relation conjugale est parfois le lieu de conflits, de douleurs passées. Entre les conjoints se rejoue, à leur insu, une situation conflictuelle ancienne qui brouille leur communication et rend inutiles leurs efforts pour trouver une issue. En effet, dans la mesure où ces efforts ne peuvent s'exercer que sur les modalités du mouvement agressif et non sur la cause  « inconnue », ils restent inefficaces et créent, chez celui qui les fait, des sentiments de culpabilité et de dévalorisation, ce qui ne favorise pas une bonne résolution du conflit. Car le partenaire qui, dans le couple, se sent dévalorisé et en échec, aura beaucoup de mal à faire valoir de façon juste son point de vue, son désir, sa différence; il aura tendance à céder aux demandes de l'autre en inhibant les siennes, voire en les déniant. Mais c'est toujours au détriment de l'équilibre personnel et relationnel que s'installe un tel processus dont les effets néfastes sont souvent imprévisibles et incompréhensibles: changement presque radical du comportement du conjoint, réaction dépressive inexplicable, parfois éclatement brutal du couple.

Toute situation perturbatrice a besoin d’un accompagnement pour se retrouver soi-même et comprendre ce qu’il se passe. A l’issue de cela, un nouveau choix émerge… Nous pouvons choisir de continuer l’histoire ou de tourner une page, en conscience.

LES CONFLITS DANS LE COUPLE

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